Eloge du plaisir de ville et de la juste mesure une ambition contemporaine (Bigarnet Marc / Bonnet Frédéric)

Il faut pour être ici à la hauteur bien plus qu’une forme, une image, une idée. Il nous faut construire une attitude, un engagement à la fois ajusté et ambitieux, un sens de la mesure. Juste mesure: voici le mot clef.

Dans un monde enivré par le grand spectacle des choses, et aujourd’hui assez cruellement désabusé, Saint-Etienne nous semble une ressource, un réservoir d’urbanité inventive et d’initiatives partagées. Tout ceci est à la fois très contemporain, et ancré profondément dans l’histoire stéphanoise.

Très contemporain, car à l’heure où les préoccupations de la ville durable s’entrechoquent avec les réalités de la crise économique, la culture du travail, de l’invention, le plaisir de la convivialité et de la passion créatrice sont des valeurs en hausse. Profondément ancré, car cette culture de la fabrication ne s’improvise pas, elle hérite à Saint-Etienne de milliers de savoir-faire magnifiques, aujourd’hui encore porteurs du dynamisme des écoles et des entreprises. Saint-Etienne, ville trop souvent associée à la modestie, mérite bien mieux que la réserve ou le clinquant.

La juste mesure, c’est assurer avec intelligence un maximum d’effet avec un minimum de moyens. Ceci selon une forme de ville et un processus inusités, qui rendent hommage à l’inventivité stéphanoise. Ville généreuse, Saint-Etienne peut susciter un plaisir de ville lui aussi inédit, alliant grandes respirations et intensité métropolitaine. Voilà ce que nous proposons : L’invention d’une forme de ville, lisible, refondatrice.

La trame originelle de la ville, même réadaptée, est en crise. Saint-Etienne a besoin d’un « lieu autre », au cœur des réseaux métropolitains, d’un complément géographique à la maille des rues resserrées ; une vaste respiration qui révèle la géographie proche, spectaculaire. Cette ville sans fleuve doit retrouver le lien avec l’horizon, et offir en son sein les usages contemporains de fête, de loisirs, de promenade : être ensemble.

Cette grande respiration n’est pas un parc traditionnel : très économe sur la majeure partie de sa surface, c’est une pièce ouverte, disponible, fabriquée sur ces marges par des édifices et des espaces publics qui l’animent directement, et prennent progressivement leur place dans la durée. Les rez-de-chaussée des activités, de l’hôtel, des équipements, de l’université sont les limites actives de l’espace ainsi offert à l’horizon.

Saint-Etienne propose ainsi l’urbanité du futur : l’accessibilité métropolitaine, la nature tactile et le grand paysage, l’animation urbaine, l’activité et le logement rassemblés en un même lieu. Un campus où vivre, se divertir, travailler et étudier se déroulent dans le même univers partagé, à la fois multiple et unitaire. Le projet est résumé par une figure très simple (deux points focaux, trois bords).

Une vision, une stratégie, la nouvelle forme de ville :

  • Une règle qui assure une vision cohérente tout en favorisant toutes les adaptations ; La crise et la situation particulière de Saint-Etienne imposent une grande souplesse. Mais elle n’excluent pas d’ores et déjà la nécessité d’un rêve collectif.
  • Sur les deux points focaux, l’optimisation des ressources : les bâtiments de la manufacture, le vide de Plaine Achille ;
  • Les trois bords sont aussi des liens entre les quartiers et les équipements existants. C’est le cadeau du projet à ses voisins ;
  • Les trois bords sont différents : conçus comme des milieux habités, ils permettent de régler des situations particulières : dénivelé (les terrasses), limite (les traverses), porosité avec le boulevard (les rives).
  • Une extrême économie : toutes les constructions utilisent les réseaux et voies existantes. Seuls 200 mètres de voies sont créés pour les 800 logements, l’université, les équipements sportifs, l’hôtel, les activités, etc. Dans un contexte de crise, c’est essentiel ;
  • Une opérationnalité immédiate : sur chaque bord existe une masse critique de foncier maîtrisé et déjà viabilisé. On peut engager dès 2009 l’université, ou les logements, ou des équipements. Ou bien attendre. Toutes les variations sont possibles.
  • Une souplesse de programmation : les bords peuvent accueillir des typologies très variables : duplex empilés avec jardins et terrasses en alternative à l’individuel périurbain, immeubles de petits logements avec services partagés, droits à construire donnés directement à des groupes d’habitants, association de locaux d’activités avec des logements pour les petites entreprises.
  • Une nouvelle offre résidentielle, nouvelle manière d’habiter la ville : habiter au bord d’un parc, sans voirie intermédiaire. Voici une nouvelle offre résidentielle, qui peut d’ailleurs être diverse et s’adapter au marché, et dont Saint-Etienne a besoin, pour tous ceux qui ne souhaitent ni s’exiler dans les lotissements, ni habiter la trame.
  • Les édifices, quels qu’ils soient, sont valorisés par la respiration : lumière, vues, usages offerts ; Cette création de valeur est nécessaire à l’économie de la ville, avec un investissement de départ très réduit, inférieur aux prévisions.
  • Entre ces trois bords, la respiration métropolitaine indispensable à la ville contemporaine, libérée du carcan de sa trame. C’est aussi la nature en ville, sous trois états : une nature tactile et nourricière, qui actualise la tradition des jardins familiaux proches ; une nature fédératrice, collective, partagée, celle des espaces publics animés ; une nature identitaire, géographique, du parc naturel du Pilat aux coteaux proches des contreforts des monts du Lyonnais.
  • Les liens entre l’héritage créatif stéphanois et la cité du design sont confortés par un processus constructif expérimental : l’enjeu de mieux construire, utilisant les recherches et les ressources locales, est représenté dans la manufacture elle-même, sorte d’exposition permanente des modes de transformation du quartier.

Dispositif adaptatif, mais dont la structure restituent les valeurs et les expériences d’un monde contemporain réconcilié avec la ville: les grands horizons et l’intensité métropolitaine, le quotidien et l’événement, le domestique et le monumental, la nature et la variété des usages offerts, les rencontres productives et la sérénité ;

La modestie et la générosité deviennent ici support de la ville de demain, désirable, multiple, équilibrée, économe. Une ambition stéphanoise.

Equipe projet Manufacture – Plaine Achille : Obras architectes, Marc Bigarnet et Frédéric Bonnet – chef de projet : Jérôme Lafond ; Jérôme Mazas, horizons-paysages, paysagiste ; Alphaville (François Monjal) , programmation urbaine ; Jean-Michel Roux (Transversal), économie urbaine ; Arcadis, ingéniérie des infrastructures.

Intro

Conférence

Questions

Durée : 1h 38mn
Conférenciers : BIGARNET Marc / BONNET Frédéric
Editeurs : ENSASE – Service informatique/multimédia
Lieu : ENSASE, salle François Tomas, Saint-Etienne
Date : 17 mars 2009
Droits : ENSASE 2009
Contact : webmaster@st-etienne.archi.fr
Genres : pédagogie
Langues : Français

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